Mujawara : tisser un voisinage révolutionnaire par-delà les frontières
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04.05.2026

Mujawara : tisser un voisinage révolutionnaire par-delà les frontières

Rejoignez-nous pour un mois d'actions internationalistes tout au long du mois de juin ! Il s'agit d'un appel mondial lancé à tous les espaces et collectifs locaux pour organiser des rassemblements, des actions, des repas, des célébrations, des collectes de fonds, des marches et des rituels en l'honneur de ceux qui sont tombés.

L'objectif est de tisser de nouveaux liens internationalistes et de mettre en commun nos ressources afin de soutenir la création d'espaces par des révolutionnaires syriens et soudanais.

Nous pourrions commencer à nouveau par une liste. Liste de menaces, de guerres, de révoltes fauchées, de révolutions incomplètes. Une liste de tous ces morts, de tous nos morts.

Mais pourquoi rappeler encore ce que tous savent, lisent, voient, sentent : Le monde, une fois de plus, est ravagé par la soif de pouvoir et la cupidité des puissants.

Alors comment continuer ? Pour nous qui avons connu les foules exultantes, les palais mis à sac et la puissance de notre tendresse. Comment continuer face à l’horreur et l’impuissance ? Comment continuer en révolutionnaire ?

Il y a les cyniques, les “réalistes”, qui aveuglés par l’angoisse de leur faiblesse nous disent qu’il faudrait choisir. Choisir entre ceux qui massacrent leurs propres peuples et ceux qui pensent pouvoir ralentir leur propre chute en déclarant la guerre au monde.

Il y a ceux et celles qui abandonnent ou qui cessent d’espérer. Épuisés, résignés. Mais qui un jour pourraient bien se retrouver à nouveau à nos côtés.

Et puis il y a nous.

Nous qui pleurons, nous qui nous sentons faibles, nous qui doutons parfois. Mais nous, aussi, qui n’avons pas abandonné.e. Ni notre boussole, ni notre flamme. Ni l’espoir de venger les nôtres, ni celui de voir un jour la fin de la nuit.

Nous qui plutôt que rester enfermé.e dans la sidération du présent et de ses bombes cherchons partout celles et ceux qui continuent de résister. Car nous nous rappelons que, de nos révoltes, une force s’est réveillée. Et que si les têtes ont tendance à oublier, les corps -eux- se souviennent.

Nous qui voyons que cette force continue de vivre au grand jour, qu’elle est portée par une génération pirate qui hurle à la gueule du monde que les jeux ne sont pas faits.

C’est cette force que nos camarades au Népal ont refait éclater au grand jour en faisant disparaître leur assemblée dans les flammes. C’est elle que l’on a aperçue au sein des plénums de Serbie, ces gigantesques assemblées organisant pendant des mois et des mois la révolte par le bas. C’est elle aussi qu’incarnent les habitant.es des villages libanais restant sur leur terre malgré un énième ordre d'évacuation de Tsahal tout comme ces paysans qui en Palestine replantent encore et encore leurs cultures après les bombes. C’est elle que l’on ressent au sein des chambres d’urgence soudanaises nées dans la guerre pour prendre la relève, sur place comme en exil, des puissants comités de résistances de la révolution.

C’est cette force qui fait tenir bon nos camarades dans la jungle du Myanmar ou du Chiapas, au sein des tranchées ukrainiennes ou dans les montagnes du Rojhelat. C’est elle que l’on voit flotter en haut de ces bateaux qui prennent la mer pour défier Israël le génocidaire. C’est elle, enfin, qui pousse les foules d’Iran, de Minneapolis, du Pérou, d’Indonésie, des Philippines, du Maroc ou de Madagascar à braver encore et encore la mort promise par tous ces régimes qui haïssent leurs peuples.

Oui notre force est réelle. Balbutiante, incomplète, fragmentée, mais réelle. Contrairement à ce que les contre-révolutionnaires de droite comme de gauche essaient de nous faire croire. Et aucun parti ou sauveur suprême ne pourra l’unifier à notre place.

Alors la tâche nous revient : de nous chercher, de nous reconnaître et de rendre visible au monde comme à nous même la puissance qui pourrait émerger de notre rencontre.

C’est ce que nous nommons Mujawara. La mise en commun de nos efforts et de nos moyens par l’entrelacement de cordages suffisamment étendus et solides pour nous permettre de tenir ensemble face aux défis de notre temps. Un voisinage révolutionnaire que nous avons déjà commencé à tisser depuis tous ces territoires, ces espaces et pouvoirs populaires nés de nos combats. Ce Mujawara ne sera pas fait de palabre ou de grands communiqués sur chaque soubresaut que notre monde connaît. Il se construit et se construira sous les radars, dans les tunnels des révolutions à venir.

C’est pour l’inaugurer et commencer à tisser ce voisinage qui traversent les frontières, que nous allons organiser, sur cinq continents et tout au long du mois de juin des actes internationalistes, au sein de tous ces lieux nés avant ou dans le sillage de nos révoltes et maintenus toutes ces années malgré les difficultés : conseils de quartier, espaces autonomes, centres sociaux, maisons refuges, fermes collectives, librairies autogérées, coopératives.

Tout ce qui permettra de mettre en acte matériellement comme symboliquement ce voisinage dont nous avons besoin : Rencontres, actions, banquets, grandes fêtes, levées de fonds, marches, rituels en l’hommage de celles et ceux qui sont tombé.es.

De cette entraide planétaire que nous allons déployer en juin, de nouveaux lieux sortiront de terre, des routes plus sûres seront tracées, des murs seront réparés, de nouvelles alliances seront tissées et de tout cela, peut être, des blessures seront guéries et de nouveaux espoirs commenceront à germer.

Ce moment n’est qu’une étape — mais une étape décisive : celle de la construction lente mais déterminée, d’une puissance matérielle ancrée reliant aux quatre coins de la planète les fragments de notre force naissante.

Depuis les géographies que nous avons pris l’habitude de nommer :

Taipei, Mexico, la Bekaa, Berlin, Tokyo, Santiago, Galloway, Londres, Lyon, Damas, la Provence, Kampala, Bilbao, Madrid, Bruxelles, Toronto, Toulouse, Liège, la montagne limousine, Athènes, Cologne, Montreuil, Oregon et tant d’autres …

tpw.mujawara@systemli.org